Qui utilise les services des psychologues au Canada?
John Hunsley, psychologue - Université d' Ottawa
Les psychologues atteignent seulement une petite part de la population canadienne qui pourrait profiter de leurs services. C'est la conclusion d'une étude menée par les Drs John Hunsley, Tim Aubry et Catherine Lee, professeurs à l'École de psychologie de l'Université d'Ottawa.
Cette étude, financée par la Société canadienne de psychologie et le Répertoire canadien des psychologues offrant des services de santé, avait pour but de dresser la liste des caractéristiques des Canadiens qui ont recours aux services des psychologues. Elle visait à déterminer qui sont les consommateurs et à les comparer avec le reste de la population canadienne. Les résultats seront très utiles aux fonctionnaires qui élaborent des politiques, aux professionnels de la santé et au grand public, qui pourra se renseigner sur les services de psychologie.
Le Dr Hunsley et ses collègues ont commencé par analyser des données recueillies par Statistique Canada au cours de l'Enquête nationale sur la santé de la population de 1994-1995. Il s'agit d'une enquête longitudinale menée tous les deux ans auprès d'un échantillon représentatif de la population du Canada composé de 17 600 personnes âgées de 12 ans et plus en vue de déterminer son état de santé. L'accès à ces données a été facilité grâce à l'initiative de démocratisation des données entreprise par la Fédération des sciences humaines et sociales du Canada. Ainsi, les chercheurs rattachés aux universités participant à cette initiative peuvent avoir accès à des banques de données nationales à peu de frais.
La population visée par ce sondage comprend les ménages canadiens de toutes les provinces, sauf le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest ainsi que certaines régions éloignées de l'Ontario et du Québec. L'échantillon ne comptait aucun membre des Premières Nations habitant dans une réserve ni personne qui vit sur une base militaire ou qui demeure dans un refuge ou un établissement de soins.
Par ailleurs, en plus des questions portant sur la santé physique et mentale, le sondage comprenait des questions sur l'utilisation des services des divers professionnels de la santé au cours de la dernière année. La question qui portait sur le recours aux soins d'un psychologue permettait aux chercheurs de déterminer les caractéristiques des utilisateurs de ces services et de les comparer à ceux qui ne les utilisent pas.
Environ 2 % des personnes sondées ont indiqué qu'elles avaient consulté un psychologue au cours des douze mois précédents. Cela représente quelque 515 000 personnes à travers le Canada. Conformément à l'utilisation des services de santé mentale en général, 66 % des utilisateurs étaient de sexe féminin, et 34 %, de sexe masculin. De plus, les données indiquent que les plus grands consommateurs se trouvent à la fin de l'adolescence et à l'âge moyen; les personnes âgées sont celles qui utilisent le moins ces services.
Les chercheurs ont aussi relevé que les gens ayant un niveau d'éducation plus élevé et un revenu supérieur avaient davantage tendance à consulter un psychologue. En comparaison à d'autres segments de la population, les adultes et les enfants vivant au sein de familles monoparentales utilisent davantage les services de psychologie. Par ailleurs, il existe des différences marquées entre les gens qui habitent en milieu rural (1 %) et ceux qui habitent en milieu urbain (3 %).
Les personnes sondées ont également indiqué leur propre évaluation de leur état de santé général, les facteurs de stress actuels et passés, les consultations chez leur médecin de famille et les médicaments qu'elles prennent. Celles qui ont rencontré un psychologue ont dit avoir un état de santé général moins bon, plus de facteurs de stress actuels et passés ainsi que des rendez-vous plus fréquents chez leur médecin que les autres. Par rapport à la population générale, les gens qui se rendent chez le psychologue ont davantage tendance à prendre des antidépresseurs, des tranquillisants ou des médicaments pour dormir. Parmi les personnes qui ont consulté un psychologue au cours de la dernière année, 30 % ont indiqué avoir les symptômes d'une dépression majeure.
Il a été étonnant de constater que la grande majorité des personnes utilisant des psychotropes ou souffrant de troubles émotifs n'avaient pas consulté de psychologue au cours de la dernière année. Il est intéressant de noter que seulement 10 % des gens qui trouvent que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue ont eu recours aux services d'un psychologue. De même, la majorité des gens déprimés au sein de la population n'ont pas reçu d'antidépresseurs ni d'aide de la part d'un psychologue, d'un travailleur social ou d'un conseiller.
Bien que la qualité des données de Statistique Canada soit celle à laquelle les chercheurs sont en droit de s'attendre, le Dr Hunsley et ses collègues tiennent à préciser qu'il faut interpréter les résultats obtenus à la lumière de l'Enquête nationale sur la santé de la population. Cette dernière comporte des limites quant à la composition de l'échantillon décrite ci-dessus (p. ex. : exclusion des personnes vivant dans des refuges), à la mémoire peut-être biaisée des répondants et au manque de renseignements précis sur la nature exacte des soins prodigués par un psychologue (une «consultation» peut aller d'une évaluation à un traitement).
À partir de leur étude, le Dr Hunsley et ses collègues concluent qu'un grand nombre de Canadiens qui pourraient profiter des services d'un psychologue ne le font pas. Ils avancent que, malgré des données empiriques sur l'efficacité de l'intervention des psychologues, le grand public canadien semble peu informé de la valeur de leurs services. Ils recommandent de déployer davantage d'efforts pour informer la population des bénéfices de consulter un spécialiste et de réduire les obstacles que plusieurs doivent surmonter pour avoir accès à ce type de services. Il faut également informer les prestateurs de soins de première ligne des effets bénéfiques potentiels que sont en mesure de procurer les psychologues si on leur réfère des personnes assez tôt.
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